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École en Suisse : la religion de la « découverte par l’élève » et de la « gestion de projet »

J’apprécie vos analyses et ce que j’ai lu sur votre site particulièrement ce qui concerne l’école.
Je suis enseignante auprès de jeunes de 15 à 18 ans qui n’ont pas trouvé de place d’apprentissage (nous avons un système dual qui donne un CFC, certificat fédéral de capacité). Notre mission est de faire le nécessaire en français, maths, connaissance du monde et en orientation de l’autre, afin de leur donner une seconde chance de passer les examens et stages d’entrée dans les différents corps de métiers.
Je suis étonnée de constater avec quel niveau ils ont quitté l’école obligatoire. Marc Le Bris [1] a raison, il est temps de se poser les bonnes questions sur la tendance constructiviste de l’acquisition du savoir. Ces jeunes n’ont pas de structure. Ils ont perdu le goût de la découverte et le plaisir d’apprendre. Je fais un travail en profondeur, je suis exigeante sur la qualité du travail rendu mais par ailleurs on rit souvent en classe. Ils reprennent confiance car ils se sentent guidés. Nous travaillons avec des effectifs réduits 10, 11 élèves ce qui permet de développer un lien particulier avec chacun. Sans ce lien, la rigueur ne serait pas comprise. Si je n’étais persuadée qu’il est possible de leur « transmettre un savoir et une méthode » je n’exercerais plus ce métier que je trouve passionnant comme le sont mes élèves dans la construction de leur identité.
En Suisse aussi l’école est aussi fortement remise en questions. Celui qui n’adhère pas ou s’interroge à haute voix sur les résultats, se trouve « excommunié ». On vit la religion de la découverte par l’élève, de la gestion de projet ; il n’y a plus de répétition par fiches, tout doit se faire en situation, ce qui donne un travail considérable à l’enseignant et qui finit par lasser les élèves. J’aimerais trouver un groupe de travail sur le constructivisme. Si des changements doivent venir du côté des politiques, il faut préparer un appui au sein du corps enseignant. Si les praticiens se sentent personnellement mis en cause, ils feront barrage.
Voilà un petit souffle d’un pays francophone.

Dominique Bucher, Lausanne


Notes

[1Marc LE BRIS, Et vos enfants ne sauront pas lire...ni compter !, Stock, avril 2004.


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