Repères
Georges BERNANOS - "Le premier devoir d’un écrivain est d’écrire ce qu’il pense"

« Le premier devoir d’un écrivain est d’écrire ce qu’il pense, coûte que coûte. Ceux qui préfèrent mentir n’ont qu’à choisir un autre métier - celui de politicien par exemple. Ecrire ce qu’on pense ne signifie nullement écrire sans réflexion ni scrupule tout ce qui vous passe par la tête. Ceux qui me connaissent savent parfaitement que je ne suis que trop disposé aux discussions avec moi-même. Je dîne rarement en ville, je ne vais jamais au casino, presque jamais au cinéma ; que voudrait-on que je fasse au cours de ces longues journées passées tout entières en face d’un pauvre petit cahier d’écolier, sinon peser interminablement le pour et le contre ? Je ne suis pas Don Quichotte, je n’éprouverais aucun plaisir à me battre contre les moulins à vent. Il m’en coûte beaucoup plus qu’on croit de prendre position, de grossir ainsi le nombre d’ennemis que j’ai dans le monde, ou - ce qui revient au même - d’approfondir et d’élargir ma solitude. Je commence à vieillir, je voudrais bien me préparer d’avance à mourir tranquille, mais j’écris sans illusion, je n’ai jamais vécu tranquille, et je ne mourrai pas tranquille. »

Georges BERNANOS, article paru dans O Jornal à Rio de Janeiro en février 1945 et repris dans Le Chemin de la Croix des Ames.


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