Regards sur l’actualité
février 2014
Le genre à l’école : les mensonges et les folles prétentions des nouveaux idéologues

Le gouvernement a retiré son projet de loi sur la famille par crainte de se trouver à nouveau confronté à un mouvement massif d’opposition. Ce brusque retrait marque une nouvelle fois les incohérences, les divisions d’une gauche en décomposition face à une opposition qui l’est tout autant. Ce nouveau tournant risque, une fois de plus, d’esquiver les questions : pourquoi et comment en est-on arrivé là ? Comment des idéologues-militants et des groupes de pression minoritaires concernant les mœurs et la famille, ont-ils pu acquérir une telle audience au sein de l’appareil d’État ?
Répondre à de telles questions impliquerait de s’interroger à la fois sur des évolutions sociétales problématiques dont la gauche s’est voulue l’avant-garde, avant d’être rejointe par une partie de la droite, et la légèreté avec laquelle ont été abordées des questions anthropologiques essentielles portant sur la division sexuelle, la façon dont les êtres humains conçoivent la transmission de la vie et de la filiation
(cf. "Du gauchisme culturel et de ses avatars", Le Débat, n° 176, septembre-octobre 2013, cliquer ici) .

Avec la lutte pour "l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif" et les ABCD de l’égalité, le gouvernement a ouvert, une nouvelle boîte de Pandore dont il n’a pas fini de subir les effets. Prise au pied de la lettre, la prétention affichée de cette lutte pour l’égalité a de quoi inquiéter non seulement les parents concernés, mais tout démocrate soucieux de défendre un enseignement laïque en dehors de tout endoctrinement : il s’agit, ni plus ni moins, de combattre, dès le plus jeune âge, les "préjugés et stéréotypes sexuels, ancrés dans l’inconscient collectif" qui seraient à la source des discriminations et des inégalités entre les hommes et les femmes. De quelle légitimité démocratique peut se prévaloir cette folle prétention ? Quant à l’intervention dans l’école d’associations homosexuelles accréditées par l’Éducation nationale pour lutter contre l’homophobie et prendre en compte la souffrance des jeunes homosexuels, à qui fera-t-on croire que nous n’avons pas affaire à des militants ?

Le gouvernement a pratiqué ce qu’il faut bien appeler des demi-mensonges ou des mensonges déconcertants, consistant à jouer avec les mots sur la "théorie du genre", en disant que cette dernière n’a jamais existé, qu’il s’agit d’études du genre relevant de simples analyses sociologiques et statistiques, tout entières marquées du sceau de l’objectivité et de la science. Il suffit de prendre le temps de lire les déclarations et les documents dont nous donnons les références pour se rendre compte qu’il n’en va pas ainsi. Ces études sont constamment brandies comme argument d’autorité dans le débat public pour tenter de faire taire tout questionnement critique. Le style gentillet et filandreux de ces déclarations et de ces documents, le verbiage auquel donnent lieu les études du genre ne peuvent masquer des orientations idéologiques et militantes qui laminent les idéaux d’une école républicaine déjà mal en point.

Les études du genre, telles qu’elles sont introduites au sein de l’Éducation nationale, ne sont pas de purs et simples instruments de connaissance qui mettraient simplement en lumière la dimension sociale et culturelle de la différence entre les sexes et de leurs rôles sociaux. Elles tendent à réduire les rapports entre les sexes à des rapports d’aliénation et de domination, et elles s’accompagnent d’une volonté manifeste de désaliéner les esprits. L’objectif explicite est de changer les mentalités en formant les jeunes et les enseignants comme il se doit. Un bric-à-brac de boîtes à outils recycle les schémas idéologiques et militants et entend stimuler, détecter et évaluer les bons et les mauvais comportements des enseignants comme des élèves.

L’affirmation selon laquelle la théorie du genre n’est pas enseignée à l’école comporte une part de vérité : à la différence de l’ancien ministre de l’Éducation nationale Luc Châtel – qui l’avait introduite dans l’enseignement des Sciences de la vie et de la terre en classe de première –, les études du genre ne sont pas enseignées dans les classes, mais elles ne sont pas moins partie intégrante de la formation des inspecteurs, des conseillers pédagogiques, des professeurs, et constituent la base théorique de référence pour lutter contre les "stéréotypes sexués" dans les classes et les cours de récréation.

Les ABCD de l’égalité représentent un composite étrange d’idéologie féministe et de pédagogie moderniste. Tout est censé se faire en douceur : l’expression "guider le regard des élèves" revient dans les fiches pédagogiques qui revisitent quelques œuvres d’art et "La Belle au bois dormant" à l’aune de la lutte contre les "stéréotypes sexués". Cette nouvelle langue pédagogico-militante et l’ingénierie qui l’accompagne sont une nouvelle manifestation de la coupure d’une partie du gouvernement, de ses conseillers et de ses experts attitrés avec le réel et le sens commun. La logomachie en boucle dont font preuve les formations sur le genre a de quoi décourager le citoyen ordinaire qui n’aime pas perdre son temps.

La pénétration de ces nouvelles idéologies et de ces boîtes à outils à l’école produit moins des effets d’adhésion, y compris chez les enseignants, – malgré tous les moyens de communication et de formation mis en œuvre qui ont tous les traits d’un appareil de propagande – que des effets de déstabilisation et de crainte. Cette machinerie de la déconstruction et de l’insignifiance répand le soupçon et la méfiance dans les rapports entre les membres de la "communauté éducative" (enseignants, élèves, parents). De nombreux parents, s’ils en ont les moyens, cherchent à placer leurs enfants dans le privé. Quant aux plus pauvres, ils devront subir les remontrances des hommes d’État et des représentant des institutions transformés en militants qui tenteront sans succès de les rassurer. Tel n’est pas le moindre des paradoxes de cette lutte de plus en plus en plus titanesque contre les inégalités qui contribue un peu plus au discrédit de l’école publique.

Les déclarations des grands principes et des bons sentiments, la condamnation de l’extrême droite et des rumeurs qu’elle propage ne peuvent masquer les mensonges déconcertants et la folle prétention de nouveaux idéologues et des bricoleurs du comportement à changer les mentalités par la communication, par l’école et par la loi.

Jean-Pierre Le Goff, 8 février 2014

L’expérimentation du genre dans les crèches :
Vidéo (2mn30) : Najat Vallaud-Belkacem visite la crèche Bourdarias à Saint-Ouen (7 septembre 2012), cliquer ici

"S’appuyer sur la jeunesse pour changer les mentalités" :
Lettre de Vincent Peillon aux recteurs d’académie (4 janvier 2013), cliquer ici

"Il n’y a pas de débat sur la théorie du genre" :
Transcription d’un extrait de la vidéo du Talk Orange - Le Figaro du 29 mai 2013 avec Vincent Peillon), cliquer ici
Vincent Peillon au Talk Orange-Le Figaro (29 mai 2013), voir la vidéo, cliquer ici

Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons les femmes et les hommes dans le système éducatif 2013-2018 :
Extraits de la convention interministérielle, cliquer ici
Accéder à la totalité du texte de la Convention, cliquer ici

Grilles d’observation des relations de genre et fiches pédagogiques
Académie de Créteil :
Dans la classe et à l’école (1er degré), cliquer ici
Dans les classes de collège et lycée, cliquer ici
Site de l’ABCD de l’égalité :
Fiche pédagogique : Parcours : La figure de la belle, cliquer ici
Fiche pédagogique : Madame Charpentier et ses enfants, par Auguste Renoir, cliquer ici

"Craintes et réticences des enseignants" (Académie de Créteil) :
Extraits "De la mixité à l’égalité. La problématique du genre à l’école", cliquer ici
Accéder au document complet, cliquer ici

"La construction de l’identité sexuée de l’enfant" : un processus particulièrement complexe...
Transcription d’extraits de la vidéo de la conférence sur la construction de l’identité sexuée de l’enfant, cliquer ici
Vidéo : conférence sur la construction de l’identité sexuée de l’enfant (durée 74mn33), cliquer ici
Accéder à l’ensemble du site ABCD de l’égalité, cliquer ici

Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) :
"Lutter contre le sexisme de la littérature éducative et des programmes"
Extrait du rapport "Lutter contre les stéréotypes filles-garçons", cliquer ici
Accéder à l’ensemble du rapport du CGSP (janvier 2014), cliquer ici

À lire aussi :

Dossier pédagogique du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée : "Au Bazar du genre. Féminin/masculin en Méditerranée"
"Au Bazar du genre. Féminin/masculin en Méditerranée", cliquer ici

Dossier du Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc ( SNUipp) affilié à la FSU : "Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire"
"Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire", cliquer ici

La théorie du genre existe : Pedro Cordoba en a fait l’historique sur son blog
<a href=http://pedrocordoba.blog.lemonde.fr/2014/02/19/trouble-dans-le-genre-la-quenelle-leau-benite-et-le-loukoum-1/?fb_action_ids=734289956604005&fb_action_types=og.likes&fb_source=other_multiline&action_object_map=[588829967870502]&action_type_map=[%22og.likes%22]&action_ref_map=[]
target="_blank"> Historique de la théorie du genre par Pedro Cordoba (blog Le Monde), cliquer ici


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