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2014 : discours sur la "refondation de l’école"
Les « grands chantiers » de Vincent Peillon

« Trois grands chantiers sont dès à présent engagés :
- le chantier des métiers, pour redéfinir ce que doit être l’enseignant du 21e siècle, dans le dialogue avec les organisations syndicales
- la refonte des programmes de la maternelle au collège, avec le Conseil supérieur des programmes installé en octobre
- une profonde réforme de l’éducation prioritaire, pour que la France offre les mêmes chances à tous ses enfants [1]
. »

Cette déclaration de Vincent Peillon au Conseil des ministres du 4 décembre 2013 est censée préciser la politique éducative du gouvernement pour les mois et les années à venir et fait suite à la première grande réforme entreprise par le ministre, celle des rythmes scolaires.
Le passage, décidé par Xavier Darcos en 2008, à la semaine de quatre jours et 24 heures de cours au lieu de 26 heures n’avait guère suscité d’opposition farouche. Le retour à la semaine de quatre jours et demi pour 24 heures de cours, ce qui contredit la déclaration du ministre selon laquelle il s’agissait pour lui de « donner aux enfants une matinée supplémentaire pour apprendre à lire », n’en finit pourtant pas de provoquer des remous. Le principe d’un retour à une semaine étalée sur neuf demi-journées semblait faire l’unanimité et sa mise en place n’aurait pas dû poser de grosses difficultés. Or, outre le fait que dans la plupart des municipalités, ces nouveaux rythmes scolaires n’ont toujours pas été mis en place, le ministère doit faire face à une opposition persistante de la part d’une partie des enseignants et surtout au refus de certains maires de se conformer à la réforme.
Les contempteurs de gauche et de droite de l’archaïsme et de l’égoïsme supposés des enseignants ont trouvé là une nouvelle fois matière à nourrir leurs condamnations habituelles. Le ministre dénonce également les manœuvres politiciennes de la droite qui cherche à faire capoter ses efforts. Le recours déposé au Conseil d’État par le député-maire UMP de Lourcels (Lozère), Pierre Morel-A-l’Huissier, le 21 février 2014 demandant l’annulation du décret sur la réforme des rythmes scolaires, put apparaître comme une confirmation des propos du ministre. Pourtant, il est notoire que nombre d’élus locaux appartenant à la majorité ont montré peu d’enthousiasme à ce sujet. Ainsi, le maire PS de Lyon, Gérard Collomb, a émis de multiples réserves sur la philosophie de cette réforme dont le financement nécessitera, selon lui, la mise en place d’une nouvelle taxe. En effet, Vincent Peillon, voulant s’inspirer semble-t-il du modèle allemand, n’a pas cru bon de rendre à l’école les deux heures de cours perdues en 2008 mais a décidé que l’après-midi des élèves serait consacrée à des activités d’éveil et au sport méditant sans doute le vieil adage romain en l’adaptant, progressisme oblige, à l’esprit du temps, « Mens nulla in corpore sano ».
S’agissait-il dans l’esprit des experts du ministère de l’Éducation nationale de rétablir les vertus de l’éducation aristocratique d’antan : humanités, sciences, enseignement moral mais aussi escrime et équitation ? L’assentiment des familles eût été peut-être plus facile à obtenir.
Plus sérieusement, dans la mesure où rien n’a été prévu en amont, les communes se sont trouvées dans la nécessité d’inventer des activités et de trouver les personnes susceptibles d’accompagner les enfants. Outre le fait que l’organisation d’ateliers de hip hop ou de slam, pour prendre quelques exemples non exhaustifs des « activités » mises en place par certaines municipalités, ne nous semble guère, indépendamment du jugement esthétique que l’on porte sur les formes d’expression des dites « cultures urbaines », de nature à améliorer les résultats scolaires inquiétants de certains élèves, résultats inquiétants qui sont pourtant constamment invoqués par le ministre pour arguer de l’urgence qu’il y a à agir, et qu’accessoirement les personnes recrutées pour encadrer les enfants ne semblent pas toujours disposer des qualités requises pour cette tâche ; le bât blesse surtout dans le fait que, faute de financement de la part de l’État, bien des communes, et tout particulièrement celles du périurbain et plus encore celles du « rural profond », au moins lorsqu’une école demeure au chef-lieu de canton, se trouvent tout simplement dans l’incapacité d’appliquer la réforme.

Laurent van de Wandel, professeur agrégé d’Histoire

(Février 2014)

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Notes

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