La lettre
Janvier 2005
Lettre n° 34 - États-Unis : comment comprendre l’élection de George Bush ?
- Rencontre avec Colette Gaudin, professeur de littérature française à l’Université de Dartmouth, et Philippe Raynaud, professeur de science politique à l’Université de Paris II(*) -

L’achèvement de la révolution conservatrice américaine

Philippe Raynaud

La question qui nous est posée est simple : pourquoi les gens ont-ils voté pour George Bush ? Même si l’on considère que les raisons de ce vote sont de mauvaises raisons, elles ne sont pas nécessairement absurdes, elles ne correspondent pas à un pur mouvement de red necks, de « beaufs ».
Revenons sur l’élection de 2000, pour voir ce qui la différencie de celle de 2004. C’était une élection très disputée, dont le résultat est resté très incertain du fait du recomptage des voix en Floride. Plusieurs points étaient indiscutables. Même si Bush a été élu, Gore a eu des résultats légèrement supérieurs au niveau national en nombre de voix et c’est le système fédéral, c’est-à-dire la représentation des États dans le processus de désignation du Président, qui a assuré la victoire des républicains, qui avaient finalement plus de « grands électeurs ». D’autre part, le vote relativement significatif en faveur de Ralf Nader a très probablement enlevé des voix à Gore davantage qu’à Bush. Enfin, la campagne avait été modérée du fait même de Bush qui avait mis l’accent sur des thèmes relativement consensuels : le conservatisme compassionnel, une certaine modestie dans l’action internationale... En fait, il faut se souvenir que la campagne des républicains contre Clinton au moment de l’affaire Lewinski s’était soldée par leur échec au Congrès, ce qui explique en partie pourquoi la campagne de Bush en 2000 est restée mesurée.
Rappelons au passage une thèse courante chez les spécialistes de gauche de la Constitution américaine, comme Bruce Ackerman, qui avaient estimé que la proclamation de la victoire de Bush par la Cour suprême était l’équivalent d’un « coup d’état constitutionnel », non pas parce qu’une règle formelle de la Constitution aurait été violée, mais parce que la décision de la Cour d’arrêter le recomptage des voix revenait à contester les droits de la majorité du peuple américain dans un vote incertain et à donner la prééminence aux États. Cette idée avait été reprise par Olivier Duhamel en France, qui n’avait pas réalisé que s’il avait raisonné de la même manière sur l’élection municipale de Paris, il aurait dû dire que le véritable maire de Paris était Philippe Seguin qui avait eu davantage de voix que Bertrand Delanoë, lequel a été élu sur un mode de scrutin indirect, comparable en cela au système fédéral américain.
Si on se place la veille de l’élection, en 2004, la plupart des spécialistes s’attendaient à un scrutin disputé avec même pour certains un risque de réédition du scrutin de 2000, avec le même risque de blocage dans un autre État que la Floride et un recomptage des voix qui permettrait de contester le résultat. C’est pour cette raison que d’éminents spécialistes ont cru à la victoire de Kerry jusqu’au dernier moment en s’appuyant principalement sur une donnée : la forte mobilisation électorale. Pourquoi celle-ci devait-elle favoriser le candidat démocrate ? On pensait que le candidat Bush ferait le plein de ses voix, mais ne gagnerait pas davantage de sièges ; par ailleurs, on estime depuis longtemps que l’abstention touche surtout les classes populaires (les exclus, les Noirs...) : une forte mobilisation devait donc favoriser les démocrates. Or les résultats, dont il faut prendre la mesure, indiquent une victoire incontestable de Bush, sur le plan local et national. En outre, la campagne de Bush est assez radicale par rapport à celle de 2000, alors que Kerry n’a pas fait une campagne très à gauche, et cette situation rend possible à terme l’achèvement de la révolution conservatrice reaganienne, si les républicains sont assez puissants pour contrôler la nomination de trois juges à la Cour suprême.

Les faiblesses du Parti démocrate

On a dit que la force des républicains a été de présenter un candidat dans lequel le peuple américain s’est facilement incarné, alors que le candidat démocrate apparaissait comme un « crâne d’œuf », un intellectuel. Ce peuple a élu un milliardaire issu de Boston certes, mais aussi un leader populiste texan, car Bush est les deux à la fois : le vote Bush est un vote anti-bobo. Ce point de vue peut se défendre jusqu’à un certain point, mais la première raison du vote des Américains pour les républicains, c’est que les démocrates ne les ont pas convaincus de voter pour eux. Il y avait, en effet, trois véritables faiblesses du Parti démocrate.
Pour comprendre le résultat final, il faut d’abord revenir sur les primaires démocrates. Le favori initial, le sénateur du Vermont Howard Dean n’est certes pas un extrémiste de gauche, mais il est apparu dans un contexte de l’après 11 septembre, très marqué par la guerre, comme une sorte de pacifiste mou. La candidature du général Wesley Clark, qui a paru ensuite avoir des chances, n’était pas celle d’un bon candidat démocrate pour la bonne raison qu’il était républicain : Clarck était un républicain anti-Bush, qui a rappelé lui-même qu’il avait autrefois voté pour Nixon et pour Reagan. On arrive ainsi, par élimination, à Kerry dont l’échec s’explique en partie par un facteur sous-estimé en France, qui vient de la publicité négative faite par les républicains. Dans les spots télévisés américains, on ne se fait pas élire en démontrant qu’on est très bien, mais en affirmant que l’autre est très mauvais. Or, parmi les griefs qu’on a toujours opposés à Kerry, il y avait celui de n’avoir pas voté la guerre de 1991, alors qu’il avait voté celle de 2003, ce qui rendait assez improbables ses arguments de fin de campagne selon lesquels tous les malheurs des États-Unis viennent de cette guerre absurde dans laquelle le Président n’aurait jamais dû engager l’Amérique. Dès l’instant où les querelles de politique internationale prenaient de l’importance, Kerry devenait un candidat faible.
Plus profondément, ce qui fait la force du Parti démocrate, la plupart du temps, c’est une certaine capacité de synthèse entre des aspirations sociales très diverses. Ce qui a fait la force de Clinton pendant deux mandats, c’est ainsi qu’il a fait la synthèse entre la révolution libérale reaganienne et la révolution des mœurs des années 60. Cette synthèse devient plus difficile à opérer en période dite de guerre, si on n’est pas soi-même engagé dans le soutien à la guerre, car ceux qui apparaissent les plus rassembleurs sont les candidats qui se présentent comme nationaux et unissant la Nation américaine.
Remarquons aussi, parmi les désavantages des démocrates, le fait que beaucoup de divisions qui ont déchiré la société américaine sont aujourd’hui en fait surmontées. L’Amérique a derrière elle les deux grandes causes de division de ces vingt dernières années : l’héritage institutionnel du racisme et de la ségrégation (je ne dis pas pour autant que la condition des Noirs est excellente...) et la political correctness, c’est-à-dire cette espèce de radicalisme fondé sur la défense agressive des minorités avec le féminisme, les homosexuels, les Noirs... Clinton avait d’une certaine manière utilisé ces thèmes, mais c’était en fait pour mieux les étouffer, dans la grande tradition des grands politiciens américains, et la société américaine a fini par digérer tout cela. On le voit après le 11 septembre, où on a une Amérique où les deux personnalités les plus importantes dans la politique étrangère sont deux Noirs : Colin Powells et Condoleezza Rice. Je ne sais pas si tout cela est bon pour les républicains, mais ce n’est pas bon pour les démocrates, car la political correctness semble complètement périmée et la dénonciation du racisme n’est plus mobilisatrice. Restent les thèmes culturels sur lesquels les démocrates ont essayé de mobiliser, comme dirait Le Nouvel Observateur, « l’Amérique que nous aimons ». Or, même si on peut le déplorer, « l’Amérique que nous aimons » n’est pas nécessairement l’Amérique qu’aiment les Américains. Le Herald Tribune et le New York Times ont publié à ce sujet un article assez drôle après l’élection de Bush qui disait que les démocrates avaient perdu à cause des « quatre G » : God (Dieu), gays (les homosexuels), guns (les fusils) et grizzlis (les ours, la protection de la nature et le droit de chasser sans entraves). La campagne en faveur de la légalisation du mariage des homosexuels a été à cet égard tout à fait inopportune car elle a provoqué des référendums en divers endroits, dans lesquels les démocrates n’avaient rien à gagner. Bush a du reste joué assez fin en annonçant qu’il ferait un amendement à la Constitution qui ne dirait qu’une chose qui peut sembler acceptable pour beaucoup d’Américains : le mariage est une union entre un homme et une femme ; c’est là une idée qui ne scandalise pas grand monde aux États-Unis. Par ailleurs, on a vu, à la grande réunion républicaine de New York, d’habiles politiciens, comme Giuliano et Schwarzenegger, envoyer des messages aux homosexuels précisant qu’on ne leur voulait pas de mal.
Pour conclure cette comparaison entre les deux partis, je rappellerai qu’être « libéral » aux États-Unis, c’est, comme vous le savez, être plutôt de gauche et favorable à l’intervention de l’État dans l’économie - mais il existe un point commun entre la France et l’Amérique, c’est que « libéral » est une injure ! En France, c’est une injure de gauche, aux États-Unis c’est une injure de droite. Un livre a été récemment publié dont je traduis le titre de mémoire : « Comment faire pour parler à un libéral si on ne peut pas faire autrement ». L’opposé de « libéral » n’est pas s« ocialiste » ou « antimondialiste », c’est « conservateur », qui renvoie à tout un ensemble d’attitudes à l’égard du marché, de la religion, des valeurs familiales, etc. Il faut donc se demander, plus sérieusement que ne le font les Français, qui, aux États-Unis, est réellement libéral (dans tous les sens du mot), individualiste et universaliste.
Je pense pour ma part que le conservatisme américain file un mauvais coton, mais il est indiscutablement libéral en économie et profondément individualiste, même si c’est une forme d’individualisme que nous n’aimons pas. Les guns, c’est le droit du citoyen américain à se défendre lui-même avec son fusil, même si cela peut être dangereux, d’autant plus que des armes assez lourdes se trouvent amassées... Vus d’Amérique, en tout cas, les républicains apparaissent finalement comme les défenseurs des libertés du Common Man traditionnel, là où les démocrates défendent plutôt l’héritage des sixties. En schématisant, on peut dire, par exemple, que ceux qui sont partisans de la légalisation des drogues sont les adversaires les plus acharnés du tabac et réciproquement : l’idéal démocrate est plutôt d’autoriser le haschich et d’interdire la cigarette, l’idéal républicain, c’est l’inverse. Il existe donc des formes d’attachement à des libertés élémentaires qui sont également portées par le discours conservateur : c’est peut-être un discours de « beauf », ce n’est pas un discours fasciste.

L’hégémonie conservatrice

L’élection de Bush achève le cycle conservateur qui a commencé avec Reagan. C’est une transformation aussi importante que celle qui avait été impulsée par Roosevelt. Comme l’a montré Bruce Ackerman, la Constitution, contrôlée par la Cour suprême, ne change pas simplement avec des amendements en bonne et due forme ; elle change avec certaines élections qui modifient la nature des enjeux à l’intérieur de la société américaine. Selon Ackerman, le cas typique est celui de Roosevelt dont l’élection et la réélection ont fait que la Cour suprême qui jusque-là s’opposait à sa législation sociale a été obligée de céder et s’est engagée dans une évolution qui l’a poussée très loin, vingt ou trente ans après, dans le sens libéral.
Une série de réalignements ont déjà été effectués avec les trois mandats républicains depuis 1980, qui me paraissent confirmés par la réélection de Bush : en clair, l’hégémonie conservatrice est encore plus forte qu’auparavant et elle laisse très peu de possibilités à un parti démocrate qui essaierait de se ressourcer en gagnant à gauche.
La modification de l’importance de la question raciale a un effet remarquable qui est de multiplier les possibilités du conservatisme sudiste. Le Sud des États-Unis, en effet, ne doit pas être confondu avec le Klu-Klux-Klan : c’est une région qui a des vertus politiques et qui n’est pas uniformément conservatrice (Carter et Clinton étaient des hommes du Sud). Or, il s’est passé quelque chose d’important qui a commencé dans les églises du Sud. Des églises conservatrices, autrefois discréditées par leur attachement à la ségrégation, se sont libérées de ce poids et ont pu ainsi développer leurs valeurs, leurs affects, leurs passions fondamentales auprès d’un public beaucoup plus important. C’est vrai à l’intérieur des États-Unis, mais aussi dans tout le monde latino-américain et même dans le monde russe. On assiste à une expansion planétaire du baptisme. Des attitudes ou des passions, jusque-là assez liées à un certain type d’homme blanc du Sud, peuvent aller très au-delà : la preuve du déclin du racisme aux États-Unis, c’est qu’on a aujourd’hui au gouvernement américain un conseiller à la sécurité qui raisonne à peu près comme un planteur sudiste guerrier, mais qui est une Noire d’Alabama, Condoleezza Rice. Je ne dis pas que l’héritage de la question raciale a disparu, mais les frontières politiques ne sont plus aussi nettes. D’un autre côté, il y avait aussi autrefois dans le Sud des États-Unis un aspect paternaliste du conservatisme qui pouvait limiter les lois du marché et qui lui aussi en déclin. Roosevelt et le Parti démocrate de l’époque étaient soutenus par les élites libérales du Nord et par le peuple du Sud, y compris le peuple « petit blanc » qui à l’époque n’est pas fanatiquement attaché au marché mais aujourd’hui, le populisme du Sud est très différent : il est centré sur des valeurs presque exclusivement religieuses et culturelles (avortement, homosexualité, drogue...) et moins solidaristes qu’autrefois.
Sur la religion aux États-Unis, j’ai été très séduit par deux livres récents de Sébastien Fath [1] qui, pour l’un, analyse l’évolution du baptisme du Sud et, pour l’autre, défend une thèse originale : la religion de l’Amérique de Bush, selon lui, n’est pas un fondamentalisme chrétien, mais est une religion nationaliste. Durkheim disait que la religion, c’est la société qui s’adore elle-même. Sébastien Fath qui est protestant dit, avec de très bons arguments, que Clinton est un bien meilleur chrétien que Bush.
En matière de politique étrangère, il faut faire une différence assez profonde entre l’époque Reagan et l’époque Bush qui explique pourquoi quelqu’un comme Clark, qui avait voté pour Nixon et Reagan, est un adversaire de G.W. Bush. Même si les forces spécifiquement reaganiennes se retrouvent dans la coalition bushiste, à l’époque dans la coalition réelle autour de Reagan, elles sont beaucoup moins puissantes : les chrétiens sudistes, les fondamentalistes du Sud, les néo-conservateurs font alors des compromis avec les courants plus traditionnels du Parti républicain, beaucoup plus modérés. En outre, les circonstances ne sont pas les mêmes. À l’époque de Reagan, la fameuse formule sur l’« empire du mal » qui désignait l’Union soviétique était d’autant plus justifiée que l’URSS était sans aucun doute mauvaise et que c’était vraiment un empire. L’« axe du mal » de Bush est plus difficile à penser et l’idée que le type de stratégie utilisée à la fin de la guerre froide contre l’Union soviétique pourrait être transposée au Moyen-Orient me paraît peu convaincante : elle correspond pour moi à une idéologisation nouvelle du conservatisme américain.

La campagne électorale la plus longue, la plus chère, la plus agressive...

Colette Gaudin

Je vis aux États-Unis, je lis les journaux, je m’informe, j’écoute les gens. Je ne suis ni politologue, ni sociologue. Le Vermont où j’habite est un État qui illustre certains paradoxes des États-Unis. Il est profondément yankee : on y est indépendant et individualiste. On n’aime pas que l’État et le gouvernement viennent mettre leur nez dans les affaires des gens ; dans le Nord, par exemple, on veut pouvoir chasser quand on veut. Mais, en même temps, c’est un État qui a voté massivement démocrate (le plus gros pourcentage après le Massachusetts). C’est un État qui a le seul député « socialiste » (maintenant Indépendant) de tous les Etats-Unis, qui a deux sénateurs dont l’un est démocrate et l’autre a quitté le Parti républicain pour devenir Indépendant. Ce dernier (Jim Jeffords) est un républicain « traditionnel », qui ne se reconnaissait plus dans le parti de Bush et ne voulait plus cautionner l’« extrémisme » actuel. Enfin, c’est un État qui a élu un gouverneur républicain. On voit donc les clivages et les paradoxes.
Certains aspects de la campagne électorale peuvent surprendre les Français. Les volontaires qui ont travaillé pour un camp ou pour l’autre, se sont mobilisés avec une énergie que je n’ai jamais vue en France. Ils ont fait le porte-à-porte, ont téléphoné, se sont dépensés sans compter jusqu’à la fin. Mais les jeunes, sur lesquels les démocrates comptaient beaucoup, n’ont pas voté massivement pour eux. Ce qui a été une grosse surprise et une grosse déception.

Slogans, formules et images-choc

Cette campagne a été la plus longue, la plus chère (elle a coûté des sommes extravagantes) et la plus agressive, dès les primaires, quand il s’agissait de choisir les candidats à l’intérieur de chaque camp. À l’intérieur du camp républicain, il y a eu une campagne très violente contre John Mac Cain, un républicain modéré, de la part des partisans de Bush : la rumeur lui a même attribué un enfant noir pour le discréditer. Cette agressivité dans la campagne a donné beaucoup d’importance aux handlers, c’est-à-dire aux stratèges qui guident les candidats - le mot handler désigne également les entraîneurs d’animaux (les chevaux, les chiens...) -.
Les tactiques deviennent extrêmement importantes sur la longueur du parcours. Il faut sans cesse trouver du nouveau, trouver d’autres formules, d’autres images. À partir du mois de juin, les électeurs démocrates se sont lamentés parce qu’il semblait que les républicains avaient toujours de nouveaux slogans, de nouvelles attaques, et que leurs propres candidats prenaient les coups sans les rendre. Au début de l’été, Kerry a semblé se réveiller un peu. Il a commencé à contre-attaquer surtout au mois d’août, un peu tard, semble-t-il.
La campagne républicaine a été particulièrement « vitriolique », jusqu’à contester l’authenticité des médailles gagnées au Viêtnam par Kerry. Le journaliste Frank Rich a longuement analysé la haine, non seulement haine de l’autre, mais de soi, ainsi que la peur de la liberté et de la diversité qui se cachent sous les attitudes ultra-patriotiques (New -York Times, 3 septembre 2004).
En France, on ne verrait pas de la même façon jouer ces slogans, ou ces images-chocs. La vie personnelle y joue un grand rôle : les candidats doivent se montrer avec leur famille, leurs enfants, leurs petits-enfants... Il y a eu du reste un petit couac dans la campagne républicaine : Cheney, le vice-président, a une fille lesbienne qui vit en couple. Sur ce point, les républicains ont agi très habilement. Les démocrates ne pouvaient pas s’en servir pour attaquer la campagne des valeurs morales, ce qui aurait été par trop inélégant.
Les grandes conventions au début de l’été, la démocrate d’abord et la républicaine ensuite, ont été comme d’habitude une espèce de grand cirque qui dure plusieurs jours et qui est très suivi, car on attend les discours dans lesquels chaque candidat accepte son investiture, présente son programme et sa tactique de campagne. La mise en scène y joue un rôle énorme. Par exemple, la femme de Kerry était habillée en rouge, celle de Bush en bleu.
Vers le début de l’été, quand cela semblait aller assez mal pour les démocrates, les éditorialistes écrivaient qu’il fallait laisser Kerry « être lui-même », car les électeurs ne savaient pas qui il était. On rappelait en même temps que Truman avait gagné en 1948 « en étant juste lui-même ». D’un point de vue français, c’est un concept politique un peu étrange. Il me semblait qu’on savait en effet qui était Kerry, d’où il venait, ce qu’il avait fait, on connaissait ses idées essentielles. Mais les électeurs interrogés répétaient à satiété : « On ne sait pas qui il est ». J’ai eu beaucoup de peine à comprendre cela. C’est finalement quelque chose de l’ordre du contact, peut-être intuitif ou même un peu primitif... Bush est le type avec lequel on aimerait bien « prendre une bière ». On montrait Bush dans son ranch, sciant du bois, les manches retroussées. Kerry, tous les éditorialistes l’ont souligné, a fait une grosse erreur, celle de vouloir en faire autant pour donner cette image de force et de virilité. Il s’agissait en quelque sorte de savoir qui était le plus « macho ». À la Convention républicaine, Schwarzenegger en a rajouté, en évoquant très vulgairement les girlie men, « hommes femmelettes » (Frank Rich : « How Kerry became a girlie man », New York Times, 5 septembre 2004). Kerry s’est montré sur le plateau d’un show télévisé sur une grosse Harley Davidson. On l’a également vu faisant de la planche à voile, ce qu’il fait très bien d’ailleurs. Mais ce n’est pas son rôle. Il aurait mieux valu que ses handlers lui apprennent à faire des phrases simples !
Le public en effet se plaignait des phrases de Kerry dans lesquelles on se perdait aisément. Certes il ne se trompe pas, lui, dans la structure syntaxique, mais ses auditeurs s’y perdent. Quand il fait des répétitions, elles ne sont pas rhétoriquement fonctionnelles. Il a fait des progrès lors des derniers débats : une idée par phrase, et réitérée... Mais certains Américains ont une méfiance de l’intelligence, en tout cas d’une forme d’intelligence analytique qui semble condescendante. On préfère les convictions, et dans ce genre de campagne, Bush donnait l’impression d’avoir des convictions fortes, tandis que Kerry donnait l’impression d’analyser des idées, à distance de son public qui s’égarait un peu dans ses analyses. Cette attitude a joué en sa défaveur. Le chroniqueur du New York Times, Frank Rich, qui écrit dans la section « Arts et Spectacles » a pu analyser la campagne comme théâtre et dire que c’était le meilleur acteur qui l’emportait.

La religion, la nation, la sécurité...

Bush a eu une folle jeunesse jusqu’à la crise de la quarantaine et sa rencontre avec Billy Graham [2]. Cette image du pécheur repenti plaît beaucoup aux Américains, elle est conforme à une religion de la rédemption. Bush apparaît comme complètement réhabilité, on peut donc l’imiter et se transformer comme lui. C’est un modèle.
Le patriotisme est la religion de la Nation et non de l’État. Les Américains se méfient énormément de ce qui est gouvernement et État, mais ils ont la religion de la Nation, avec tous ses mythes fondateurs. L’idée de guerre des cultures, si elle est passée au second plan dans le discours public au cours de la campagne, était cependant évoquée dans des discussions politiques privées.
Le thème de la sécurité a été également essentiel : le 11 septembre était constamment rappelé et la crainte du terrorisme a coloré tout le langage de la campagne. Beaucoup d’interviews montraient que les gens étaient persuadés en majorité (environ 60%) que l’équipe Bush-Cheney garantissait mieux leur sécurité que l’équipe de Kerry.
Les valeurs morales (la défense de la famille, du mariage) sont venues tardivement dans la campagne. Kerry a rappelé qu’en tant que catholique, il était contre l’avortement, qu’il défendait le mariage traditionnel, mais qu’il considérait que ce n’était pas son rôle en tant qu’homme politique d’imposer ses croyances à qui que ce soit. Or cette position est apparue trop compliquée. Bush a dit simplement et clairement : « Le mariage, c’est entre un homme et une femme. J’en ferai un amendement de la Constitution ». C’est de plus une action conforme à sa croyance. La nuance consistant à dire : « Voilà ce que je crois, mais je ne l’imposerai pas » passe mal. Ce n’est pas le contenu de ce qui est dit qui est en cause. Mais cela ne marche pas dans le contexte d’une campagne électorale. Il fallait, contre des slogans martelés de Bush, des slogans plus simples, plus clairs et également martelés.
Le thème de l’économie, de la perte d’emplois, de la baisse d’impôts au bénéfice des classes les plus riches n’ont pas joué le rôle auquel on aurait pu s’attendre. Les sondages ont montré que 70% des électeurs étaient d’accord avec Kerry sur les thèmes de l’économie. Sur la santé, ils étaient, en grande majorité, également en accord avec le programme de Kerry. Mais ils n’ont pas voté en fonction de cela. Le populisme de droite a marché. Une grande partie de l’électorat hispanique a voté pour Bush. Les Noirs ont davantage voté pour Bush qu’on ne s’y attendait. Pourtant, la société américaine est moins unifiée qu’on ne pourrait le croire. La question raciale est loin d’être absente des préoccupations des hommes politiques. Il y a encore des ghettos lamentables. Les classes les plus pauvres (dont beaucoup de Noirs) fournissent le gros de l’armée puisqu’il s’agit de volontaires. Les jeunes qui ne peuvent pas payer leurs études, ceux qui ne trouvent pas d’emploi sont ceux qui s’engagent.
L’ignorance des faits a renforcé les arguments de Bush. Une des causes de ce vote tient tout de même au manque d’information réelle. D’après des sondages, une forte proportion d’Américains croient encore à un lien direct entre Al Quaida et Saddam Hussein. 30%, semble-t-il, croient encore qu’on a trouvé des armes de destruction massive en Irak. Les journaux qui donnent les informations réelles sont difficiles d’accès. Les gens préfèrent regarder Fox News plutôt que lire le New York Times. CNN, vers la fin, penchait plutôt du côté de Kerry, mais la presse n’a sans doute pas correctement joué son rôle. Arte a diffusé en octobre un documentaire d’Yves Boisset, intitulé « Le blues des médias », où l’on voyait la doyenne des journalistes américains, Ellen Thomas, dire que les journalistes américains étaient dans le coma depuis le 11 septembre et ne se sont un peu réveillés qu’au printemps. « Les media n’ont pas réussi à fournir la dose de réalité persuasive qui aurait fait antidote aux contes de fée de Washington, si bien que beaucoup d’Américains ont cru que les terroristes du 11 septembre étaient des Irakiens et non des Saoudiens » (New York Times, 19 septembre 2004).
C’était vraiment une campagne de temps de guerre, qui reflétait des passions très fortes, même si les horreurs de la guerre, qui se déroulaient à distance, y étaient rarement évoquées. Cette distance a peut-être joué en faveur de la propagande manichéenne de Bush.

Débat

Quels clivages ?

- Q : On parle en France des deux Amériques. Cette division géographique recoupe-t-elle une division sociologique et culturelle ?

- C. Gaudin : Je n’aime pas beaucoup cette idée des deux Amériques, ni sur le plan géographique, ni sur le plan social, ni sur le plan économique. C’est tellement mélangé. Si vous regardez la carte des résultats électoraux, on voit l’interpénétration du rouge et du bleu. Les villes ont en général voté démocrate. Mais de nouvelles villes technologiques, décentralisées, implantées pratiquement dans la campagne, à dominante bourgeoise, ont voté en majorité républicain. Les clivages sont très compliqués. Mais depuis 1974, les démocrates sont en recul. Clinton a, au fond, abandonné la ligne Roosevelt, Kennedy, Johnson.

- Ph. Raynaud : Je ne voudrais pas être désagréable pour Clinton que j’aime bien, mais je dois dire qu’il a un peu le type d’habileté qu’avait François Mitterand. De même que celui-ci avait fait en 1988 un profond recentrage qui lui a permis de battre la droite, Clinton a su tirer les leçons de sa première élection, qui s’était faite sur un programme assez à gauche qui a échoué et l’a conduit à l’échecde1994. Et il a comprisqu’il fallaitreprendreà son compte unepartiedel’héritagereaganien,toutenstabilisantles acquis de la révolution morale des années 60.
Je ne crois pas non plus qu’il faille exagérer l’idée des deux Amériques. Certains clivages se retrouvent partout.J’ai lu dans le New York Times un articlesur la campagne en Floride. Cette fois,on n’a pas eu besoin de recompter. La victoire républicaine est incontestable et elle a été acquise par un parti qui a très habilement choisi de renoncer à faire campagne dansles villes, sachantqu’il plafonnait, pour aller chercher, maisonparmaison,tous les électeurs des campagnes. La dualité des deux Amériques apparaît plutôt dans la capacité de mobilisation des républicains dans les milieux populaires.
En 2000, Milton Friedman disait, dans une interview assez amusante, que si Gore était élu, il survolerait, s’il voyageait entre Washington et Los Angeles, uniquement des États ayant voté contre lui. Certains disent que l’Amérique des démocrates, c’est l’Amérique des côtes, l’Amérique ouverte, de la mondialisation, de la technologie..., le centre continental étant plus conservateur. Cela est vrai, mais un des États les plus conservateurs est très avancé technologiquement, c’est l’Utah : les Mormons sont très branchés en informatique !
Il est vrai, comme l’a dit Colette Gaudin, que ce qui pouvait faire voter démocrate n’a pas joué. Les Américains ne sont pas forcément enthousiasmés par la politique économique de Bush, mais ce n’est pas suffisant pour qu’ils considèrent que cela est très important. Les démocrates n’arrivent pas à mobiliser sur leurs thèmes.

- Q : Si l’on compare avec la multiplicité de candidats au premier tour en France, qu’en est-il du rôle du troisième candidat ?

- Ph. Raynaud : Dans le mode de scrutin américain, quand un camp se divise de manière significative, il perd. On oublie que c’est comme cela que Lincoln a gagné l’élection présidentielle : les adversaires de Lincoln ont présenté deux candidats et, au lieu de soutenir le candidat démocrate du Nord qui pourtant leur était favorable, les Sudistes ont soutenu un candidat du Sud qui n’avait aucune chance. Lincoln a été élu alors qu’il était minoritaire.
Le rôle du vote extrémiste en matière d’immigration constitue une différence entre la France et les États-Unis. Les républicains auraient pu se lancer dans de grandes campagnes anti-immigrés, comme certains d’ailleurs y étaient favorables. Ils ont eu l’intelligence de comprendre que c’était incompatible avec leur politique économique et qu’ils pouvaient se constituer un électorat même minoritaire chez les chicanos, ce qu’ils ont fait en utilisant les mêmes techniques et les mêmes thèmes qu’avec les Américains antérieurs : ceux qui travaillent réussissent, on arrive de Mexico avec une petite valise et, au bout de trois ans, on peut avoir son garage... C’est le rêve américain.

Le poids de la guerre en Irak

- Q : On a reproché à Kerry d’être versatile et d’avoir voté pour la guerre en Irak. Or, à la fin de la campagne, il s’est de plus en plus prononcé contre la guerre. S’il avait voté contre la guerre, aurait-il eu une chance d’être candidat, étant donnée la vague de patriotisme dans le pays ? Au moment des investitures pouvait-il y avoir un candidat contre la guerre ?

- Ph. Raynaud : Deux candidats, Howard Dean et Wesley Clarke, se sont déclarés contre la guerre et il aurait fallu, à mon avis, une synthèse des deux : quelqu’un qui aurait pensé à peu près comme Clark, faisant une critique conservatrice de la guerre sans pour autant être un ancien républicain. Il ne faut pas oublier, par ailleurs, qu’une bonne partie des républicains étaient contre et le sont encore, à commencer, ce qui n’est pas rien par des membres de l’équipe de Bush père comme James Baker et probablement Bush père lui-même. Ces gens ont été battus dans le parti républicain, mais si le parti démocrate avait su susciter des candidats porteurs d’une ligne de ce type, il aurait pu gagner. Un Clinton, par exemple, qui est un véritable animal politique, aurait pu l’emporter.

- Q : Comment se fait-il que les énormes mensonges de Bush soient considérés comme des péchés véniels comparativement à ceux de Nixon ? Peut-il y avoir une possibilité d’impeachment de Bush au cours du mandat qui vient ?

- Ph. Raynaud : Dont’even think about it ! N’y pensez pas ! Ce qui a fait le Watergate et le Monicagate, c’est essentiellement une affaire de procédure judiciaire : à un certain moment, le faux témoignage est une entrave à la justice. Et comme le système judiciaire repose entièrement sur le témoignage, c’est très grave. Si une enquête était menée, Bush n’aurait qu’à mettre en cause les rapports sur la situation en Irak, dire qu’il ne connaissait pas la vérité ou que les rapports de la CIA étaient contradictoires, que la CIA se trompait parfois... L’Américain moyen a du reste envie de croire qu’il existe des armes de destruction massive, et il n’était d’ailleurs pas totalement invraisemblable qu’il puisse y avoir eu des armes de destruction massive. Les mensonges de Bush ne sont pas de même nature que ceux de Clinton qui n’était pas très sûr d’avoir eu des rapports sexuels avec Monica Levinski. Dans l’affaire Clinton, la presse française a du reste mal jugé le peuple américain qui n’a pas suivi les républicains, qui ont perdu les élections suivantes, directement pour cette raison. Les Américains n’ont pas reproché en bloc à Clinton ses fredaines et pardonné à Bush ses mensonges : les républicain ont essayé de monter une entreprise sur des bases juridiques, mais ils ont politiquement perdu.

L’influence de la culture protestante

- Q : Peut-on savoir ce qui a été déterminant dans le vote démocrate ? N’y a-t-il pas, d’autre part, une contradiction à considérer que les Américains sont individualistes et que les valeurs morales doivent être réglées au niveau de l’État ?

- C. Gaudin : Le Vermont a massivement voté démocrate, alors qu’il n’est pas sur la côte (à la différence de la Californie et du Massachusetts). Autrefois, on disait qu’il y avait moins d’habitants que de vaches. Aujourd’hui, c’est l’inverse, mais avec à peine un million d’habitants. C’est un État très conservateur en matière de mœurs. Quand Howard Dean, notre gouverneur d’alors, a établi l’union civile - à peu près l’équivalent du Pacs -, il a dû affronter une levée de boucliers. Un mouvement très conservateur s’est insurgé contre la possibilité d’homosexuels dans les écoles, contre la présence d’homosexuels des villes qui venaient se marier dans le Vermont. En matière de mœurs, on ne veut pas que l’État dirige, mais on ne veut pas non plus que l’autre vous dicte ce qu’il faut faire. « Vous les homosexuels, vous les féministes, ne venez pas nous dire ce que je dois faire... », cet esprit du Vermont se retrouve dans d’autres États, à quelques nuances près.
Qu’est-ce qui a déterminé le vote démocrate ? La question de l’Irak, en grande partie, mais aussi la question de l’économie. Le vote démocrate a tourné autour des 1 600 000 emplois perdus dans les trois dernières années, avec de plus un déficit monumental.

- Ph. Raynaud : On ne sait pas si la deuxième présidence Bush va pouvoir continuer la même politique économique, ni d’ailleurs la même politique internationale. La politique militaire active avec un déficit en expansion, accompagnée de réductions d’impôts, va finir par poser quelques problèmes. Certains considèrent qu’il s’agit d’un calcul cynique pour conduire l’État providence à la ruine. Si ce calcul cynique est à l’œuvre, c’est grave et il n’est pas certain que cela marche sans sévère retour de bâton. Je penche plutôt pour l’hypothèse d’une machine un peu folle.
Quant aux motivations du vote démocrate, les identifications partisanes restent assez puissantes. Une partie des électeurs ne peut pas voter autrement que démocrate et dans certains milieux, les universitaires par exemple, on vote massivement démocrate. Les électeurs fidèles du Parti démocrate se sont bien mobilisés contre Bush, mais pas suffisamment pour qu’il soit battu. La question est plutôt celle des variations : pourquoi vote-t-on moins démocrate ?
La question des valeurs est très complexe, car elle renvoie à une culture protestante qui est très différente de la nôtre. L’idée que la loi dit le bien et le mal est très profondément ancrée dans la mentalité américaine. La loi n’est pas la volonté de l’expression générale, on est dans une tradition ancienne, pour laquelle la loi a une signification morale forte et c’est encore plus vrai de la Constitution, mais la loi, ce n’est pas la même chose que l’État, car ce n’est pas le government. C’est pour cela que la question de l’avortement est si importante et d’une certaine manière si insoluble. Si on était resté dans le système fédéral, la logique voudrait que cela dépende des États, car ce sont eux qui font le droit pénal, mais on savait aussi que, si l’on procédait de cette manière, les États du Sud n’accepteraient jamais l’avortement et qu’ainsi toutes les femmes iraient avorter dans le Nord. On devait donc constitutionaliser la liberté d’avorter. Je trouve la décision de la Cour suprême excellente : elle ne parle pas d’un droit inconditionnel à l’avortement, elle dit plus sagement que la répression de l’avortement met en cause la privacy (la vie privée). C’est une décision intelligente, car ce sont les effets indirects de la répression de l’avortement qui sont dénoncés sans que soit invoquée une métaphysique des droits de la femme. Mais il n’empêche que c’est perçu par les conservateurs comme une monstruosité, parce que cela signifie pour eux que la Constitution justifie l’avortement.
C’est ce type de débat qui est présent dans la société américaine et l’individualisme s’en accommode, du fait du modèle protestant. Ainsi, Bush fait des bêtises jusqu’à quarante ans, puis il rencontre Billy Graham et il arrête de boire... trois ans plus tard ; comme il dit : « Billy Graham avait semé une graine ». En fait, comme le montre Sébastien Fath, cette graine a poussé assez opportunément pendant une campagne électorale au cours de laquelle la femme de Bush a menacé de le quitter, s’il n’arrêtait pas de boire. Reste que le parcours du Président qui fait des bêtises, se repent et trouve la foi est le parcours classique baptiste, protestant. La seule grâce, la seule foi..., c’est très profondément individualiste : « One man with God. » La force du baptisme, c’est qu’il n’est pas incompatible avec le fait de se vivre comme individu, comme sujet : la motivation spirituelle est intérieure, inner, c’est la light within. De ce point de vue, les deux Amériques n’en font qu’une : l’individualisme libéral, démocrate, c’est aussi l’individualisme de l’expression intérieure.


(*) Cette lettre rend compte du Mardi de Politique Autrement qui s’est tenu le 9 novembre 2004.


Notes

[1Sébastien FATH, Militants de la Bible aux Etats-Unis. Évangéliques et fondamentalistes du Sud, Autrement, Paris, 2004 et Dieu bénisse l’Amérique. La religion de la Maison Blanche, Seuil, Paris, 2004.

[2Prédicateur de l’église baptiste évangéliste du Sud, né en 1918, qui a parcouru les États-Unis et le monde en organisant des réunions pour le renouveau de la foi (revival meetings), en appelant les fidèles à renaître en Jésus-Christ.


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