Où va l’école ? > 1 - Que veut-on faire de l’école ?
Que veut-on faire de l’école ?

Avec le mouvement de révolte des enseignants, la réforme de l’école est de nouveau en débat et il importe, dans la confusion ambiante, d’opérer un recul réflexif, de fournir les connaissances et les analyses qui permettent à la fois de souligner les missions essentielles de l’école et de cerner les évolutions et les nouveaux défis qui sont posés à l’école aujourd’hui.
Les restes de schémas néo-marxistes présents dans le milieu enseignant esquivent ces questions en ramenant bêtement la crise de l’institution scolaire aux purs effets d’une logique « néo-libérale » consistant à adapter au plus vite l’école aux besoins de l’économie capitaliste et du MEDEF. Une telle vision économiste et idéologique fournit une rationalisation facile du malaise des enseignants, même si elle souligne au passage des pressions bien réelles des adeptes de l’idéologie libérale. Cette vision joue de fait le rôle de leurre par rapport aux nouveaux défis sociaux et culturels, à la crise de la transmission qui sont au cœur des difficultés de l’enseignement aujourd’hui. Elle laisse supposer que l’école devrait rester complètement coupée de l’économie et des entreprises.
Le pouvoir politique a prétendu, quant à lui, répondre à une demande sociale problématique, empilé réforme sur réforme, déstabilisé l’institution scolaire par l’inflation des objectifs qu’il lui a fixés. Il a ainsi alimenté une « demande sociale » impossible à satisfaire. Cette façon de moderniser l’école s’est ainsi accompagnée d’un grand désarroi. Les réformes se sont succédé dans une optique d’adaptation et de l’urgence dont on mesure aujourd’hui les impasses.
Dans le débat qui doit avoir lieu sur la réforme de l’enseignement et la loi d’orientation de juillet 1989, mise en place par Lionel Jospin alors Ministre de l’Éducation nationale, la gauche peut s’enferrer sur la question de l’école, si elle défend inconditionnellement cette loi dans son opposition politicienne au gouvernement.
Comment reconstruire l’école en limitant ses objectifs, en la recentrant et en réactualisant ses missions essentielles pour répondre aux défis d’aujourd’hui ? L’avenir de l’école républicaine implique l’arrêt de la fuite en avant et une réponse claire et cohérente à cette question. C’est dans cette perspective que nous avons publié l’analyse de Marie-Claude Blais [1] qui porte précisément sur la transmission et la culture commune en resituant la crise de l’école dans la mutation sociale qui affecte notre représentation de l’histoire, de l’autorité, de l’enfance.


Notes

[1Cahier de Politique Autrement, septembre 2003.


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