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Retraites et régimes spéciaux

Chers amis,

La lettre n° 43 rend compte du mardi de décembre auquel je n’ai pu assister.
Comme d’habitude l’exposé et le débat ont été de très bon niveau informatif mais il y a deux points importants, à mon humble avis, qui n’ont pas été évoqués :
1/ La fonction publique a un régime complémentaire par capitalisation, la Préfon, aux cotisations fiscalement déductibles (contrairement aux retraites complémentaires du privé) et avec de larges possibilités de rachat (les conjoints peuvent souscrire, et bien d’autres conditions favorables). Pourquoi n’est-elle jamais mentionnée dans les débats ? Les syndicats considèrent-ils que cet avantage ne peut être évoqué sans affaiblir leurs positions ?
2/ J-M Pernot termine son exposé sur « les divergences de conception de fond entre les syndicats » concluant « c’est un drame de notre syndicalisme que d’en être incapable » , (mettre en avant ce qui leur est commun). Je suis bien d’accord, mais à qui la faute ? Michel Rocard rappelait récemment que là où il y a un ou deux syndicats par branche dans tous les pays d’Europe, en France on avait les 5 grands plus tous les autres, à commencer par ceux d’obédience d’extrême gauche (le record étant détenu –Quid dixit – par l’Éducation nationale avec 26 syndicats !). Depuis Jules César, on sait que la faiblesse des Gaulois provient de leurs divisions…mais on est au 21ème siècle, que diable ! L’image répulsive que les syndicats donnent d’eux-mêmes : plus faible taux de syndicalisation d’Europe, plus faible score de la gauche plus les verts au 1er tour de la présidentielle, ne poussent-ils pas enfin pour une rénovation qui donnerait de vrais interlocuteurs conséquents et responsables à l’État et aux entreprises ?

Bien amicalement à vous.

JC Ponroy


Bonjour,

Le débat de ce mardi a été parfois très technique ou très vif. Mais comme vous pouvez le lire, le libellé des questions est assez direct. Les deux questions que vous posez méritent d’être posées, pas nécessairement au même niveau. En effet, et c’est dommage, la question des régimes complémentaires n’a pas été posée (Prefon, mais aussi Corem par exemple qui fonctionnent sur le même principe). Il en est de même pour le régime de retraite additionnel de la fonction publique (système par points) obligatoire depuis le 1er janvier 2005. Il est parfaitement vrai que Préfon et Corem (anciennement Mutuelle de retraite des instituteurs) sont en somme des « fonds de pension » fiscalement soutenus et mis en place en ce qui concerne le Corem par le mouvement syndical enseignant. Je partage votre avis sur le fait que ces régimes de retraite étaient absents ces dernières années d’un débat idéologique répartition/capitalisation qui me semble en voie d’être dépassé aujourd’hui.
La question que vous posez sur le syndicalisme dépasse largement le sujet des retraites et n’a été abordé qu’incidemment et sommairement ce soir-là. Les comparaisons européennes évoquées concernaient les régimes de retraites ou plus exactement les aspects démographiques.
Une histoire comparée des syndicalismes en Europe est un sujet en soi qui n’a pu être abordé. Toutefois Jean-Marie Pernot a dit des choses intéressantes (p.13-14 de la lettre 43) sur la situation de novembre-décembre 2007, par rapport à votre question : « En novembre-décembre 2007, nous sommes dans l’innovation. Un mouvement de grève était prévu, programmé de part et d’autre. Mais on recherche alors dans les entreprises concernées un accord social qu’on appelle ailleurs un compromis. […] On se plaint beaucoup en France que les syndicats soient peu négociateurs. On n’a pas toujours tort. Ils ont en effet une culture du conflit. Mais ils ne sont pas les seuls dans notre pays. Les employeurs ou l’État ont le chic pour imposer une décision, en attendant une grève pour voir et discuter. […] Pour une fois, nous sommes tombés sur des acteurs assez responsables dans le camp syndical, car ils n’ont pas mis le feu à la maison et ont cherché une issue négociée. » Cela méritait d’être signalé.

Bien amicalement,

Jacques Merle


Cher Jean-Claude Ponroy,

Votre question est tout à fait légitime : la Préfon est bien un régime complémentaire de retraite par capitalisation mis en place par des fédérations syndicales de fonctionnaires (CFTC, CFDT, CGC, FO) ainsi que l’UGCSFP. Il n’est pas obligatoire, chaque fonctionnaire peut, s’il le souhaite y adhérer. Il a actuellement 390 000 affiliés dont 70 000 retraités.
Je ne peux répondre pour Jean-Marie Pernot sur le fait qu’en tant que syndicaliste, il n’en ait pas parlé. Pour ce qui me concerne, je ne l’ai pas évoqué, essentiellement parce que le problème de financement des régimes obligatoires était déjà suffisamment vaste et complexe. Je n’ai donc pas traité des régimes facultatifs, il y en a d’ailleurs beaucoup d’autres que la Préfon.
De plus, le fonctionnement des régimes par capitalisation aurait demandé un exposé beaucoup moins succinct que les deux lignes qui les évoquent dans mon exposé. Les pensions de ces régimes sont liées aux performances de la bourse et souffrent donc de ses aléas au moment du départ en retraite (les salariés de Nemrod aux USA en savent quelque chose). Par ailleurs, j’ai entendu un commentateur économique assurer que les retraités de la Préfon n’avait pas fait une bonne affaire ; mais je n’ai pas la compétence pour étayer ou infirmer ce jugement.

Merci de l’intérêt que vous avez porté à cette lettre de Politique Autrement, bien amicalement,

Élisabeth Le Goff


Chère Élisabeth Le Goff

Je peux aussi apporter des éléments de réponse à la question sur les performances de la Préfon que l’affaire de la Société Générale peut aussi éclairer.
Pourquoi pas très bonne affaire ? La Préfon investit 70% de l’épargne collectée en obligations, environ 28% en actions et 2% en immobilier. (chiffres de 2002-2003) alors que les Caisses du privé sont à 60% en obligation et 40% en actions (après avoir été à 50/50). Sur le long terme, les actions rapportent plus que les obligations mais la prudence prévaut s’agissant de ce genre de réserves et fait favoriser les obligations (et parmi celles-ci, les fonds d’État). La recherche du moindre risque entraîne moindre rémunération. À plus forte raison si l’on compare à des fonds de placement bancaires qui, sous le titre de « dynamique » peuvent rapporter 15% si tout va bien mais aussi ramener rien du tout si ça va mal. La Préfon fait gérer l’épargne collectée par quatre assureurs : CNP, Axa, Groupama et AGF qui, suivant les orientations qui leur sont données peuvent prendre plus ou moins de risques. Mais, dans ce cadre, leurs « traders » ont une grande autonomie…qu’il convient de surveiller, comme l’indique l’anecdote qui suit.
Durant quelques années, et à titre accessoire, j’ai été administrateur d’une caisse de retraites de cadres du privé et président de sa commission financière. À ce titre, je recevais, avec les membres de cette commission paritaire, les banques gestionnaires de nos réserves (qui ne représentaient qu’une année de cotisations en régime « par répartition »), soit 50 MF. À ma prise de fonction, j’avais découvert qu’au classement de l’AGIRC qui fédérait les quelques 51 caisses cadres existantes à l’époque, nous étions dans les tout derniers pour nos performances financières. Étant donné que les mêmes banques géraient les fonds d’autres caisses mieux classées que nous, il était clair que toutes les caisses ne se voyaient pas attribuer la même proportion d’opérations gagnantes et perdantes. Aussi, après avoir « viré » le moins bon de nos banquiers et attribué les fonds qu’il gérait, aux autres, sommes-nous remontés à la 12ème place … !
Pour en revenir à la Préfon, ses performances sont peut-être médiocres mais sans risques. Dans quelle mesure pourrait-elles être meilleures sans augmenter le risque ? C’est là que se trouve l’art des bons « traders ».
Il n’en reste pas moins que l’avantage fiscal au moment des versements est conséquent et, rapporté au rendement, peut majorer celui-ci de plusieurs points

Bien amicalement à vous

Jean-Claude Ponroy


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