Où va l’école ? > 3 - Réussite scolaire ou échec de l’orientation
Réussite scolaire : la qualité totale , zéro défaut !

« 20% des élèves sortent du système scolaire sans qualification ». Cette statistique, est souvent répétée pour stigmatiser la crise de l’école. Mais cela signifie que 80% sortent qualifiés, ce qui déjà n’est pas mal.
Or nous ne sommes plus à une époque où, si l’on peut dire, l’école de la République pouvait laisser des gosses dans la campagne pour garder les vaches. Maintenant, un jeune qui veut s’installer, pour traire et garder les vaches, doit avoir Bac+2, sinon il n’a pas les prêts du Crédit agricole. Rapporter ces « 20% sans qualification » à l’échec scolaire est devenu une évidence : « C’est un scandale, 20% sortent sans qualification ! ». On ne sait même plus d’ailleurs si l’échec scolaire est celui des élèves ou celui de l’école.

Le minimum : la réussite

Nous avons ici affaire à une logique un peu perverse. On devrait être en permanence dans l’utopie, dans la réussite maximum. On emploie d’ailleurs beaucoup ce mot, « réussite », qui doit faire disparaître le mot interdit « échec ». « Pédagogie de la réussite » , « école de la réussite », ... Mais qui n’a jamais eu strictement aucun échec dans sa scolarité ou dans ses études ou à un concours ou à la recherche d’un emploi ou dans sa carrière ?
On entend dire : « Il n’a que le bac, il n’a pas de qualification ». Est-il dans ces 20% ? Ou bien ces 20% sont-ils ceux qui n’ont même pas un CAP ? L’interprétation des statistiques est extrêmement floue.
Et à quel taux serions-nous satisfaits ? 19% ? 15% ? 10% ? 5% ? Zéro serait bien... S’il n’en restait que 5% ce serait encore un problème selon le principe que chaque citoyen a « droit à ». Ayant « droit à », si l’on va au bout de cette logique, il devrait nécessairement avoir un diplôme, quelles que soient ses compétences pour l’acquérir. Ceci signifierait que si chacun doit avoir au moins le CAP (le minimum dans notre société), il faudrait alors le donner.
Il n’y aurait plus besoin alors de formation professionnelle puisque le CAP serait un droit minimum comme le SMIC. Il ne faudrait pas alors s’étonner que des jeunes qui sortent avec le CAP s’entendent dire qu’ils n’ont pas de qualification (alors qu’ils ont le diplôme) et qu’ils ne savent pas travailler comme autrefois.
L’école - voire la société - devrait pouvoir permettre à chacun d’aller au plus loin de ce qu’il est capable de faire. Ce serait déjà bien. Mais il existe nécessairement une graduation et chacun, à un stade donné, rencontre ses limites. Quelqu’un qui n’entrait pas en 6ème autrefois n’était pas en échec. Il n’entrait pas en 6ème et trouvait une autre voie. Aujourd’hui quelqu’un qui n’a pas le bac est-il en échec ?

Où est l’échec ?

Il y a encore quelques années, pour être journaliste, on n’avait pas besoin du bac. Maintenant pour être journaliste, il faut Science Po et 3 ans d’école de journalisme, de préférence celle de Paris ou celle de Lille. Si on ne fait pas Lille ou Paris, on n’est pas un journaliste ? C’est absurde. D’ailleurs ce moule unique fait-il de bons journalistes ? C’est une autre question.
La notion de réussite doit être relative. Quelqu’un qui a fait ce qu’il pouvait jusqu’en 5ème puis qui plafonne, qui perd son temps avant de devenir un bon maçon est un bon maçon. Où est l’échec ? Le problème est que bien des parents pensent que ce n’est pas valorisant, quand on a fait des études (et même quand on n’a aucun diplôme), d’avoir un fils qui n’a qu’un CAP de maçon. Et pourtant ce gosse a réussi un CAP de maçon. Il peut en outre avoir aisément du travail... Il aura même une progression de carrière... s’il montre des compétences.

Jacques MERLE (professeur en Seine-Saint-Denis)
Janvier 2003


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