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Un activisme compassionnel et managérial sous le regard des médias
Extrait de la préface du livre de Jean-Pierre Le Goff, La France morcelée, Gallimard-Folio, 2008.

La parole du nouveau président se veut proche de la réalité de la « vie des gens », de leurs souffrances et de leurs sentiments. En dehors des textes lus et écrits par d’autres, le discours tend à s’aligner sur celui des grands médias audio-visuels en jouant sur le registre de l’authenticité, de l’émotion et de la dénonciation de tous les maux du pays. Il ne s’embarrasse guère de nuances dans l’appréciation de la réalité, l’important en l’affaire étant d’apparaître au plus près du peuple souffrant et d’afficher une volonté qui fait fi des nuances du langage et de la « lourdeur » des institutions. Peu soucieux du respect de la langue, les propos de certains responsables politiques sont hachés, à la limite du tutoiement, de l’argot ou du « parler banlieue ».
À l’ancien pouvoir informe succède une unité centrée autour de la personnalité du nouveau chef de l’État dans son volontarisme affiché de faire justice et de résoudre pratiquement les multiples problèmes de la société française. Ces derniers sont conçus comme autant de dossiers à traiter et d’objectifs à atteindre avec une « obligation de résultats ». Voilà qui intègre d’emblée l’effet médiatique comme dimension essentielle de la réalité. Dans le même temps, le nouveau style présidentiel bouscule les protocoles et les marques institutionnelles les plus voyantes qui distinguent l’État de la société [1]. La personnalisation du pouvoir passe par une implication plus étroite des goûts personnels et de la vie privée dans l’univers politique. Le pouvoir prend ainsi des allures de saga médiatique et mondaine qui fait le bonheur des journalistes et des maisons d’édition spécialisées dans ce type de publications [2].
Enfin, l’hyperactivité du président qui se porte sur tous les fronts donne l’image d’une course folle pour tenter de recoller une société morcelée et de rattraper le retard des réformes. L’activisme managérial et communicationnel participe d’une fuite en avant qui se présente désormais sur le thème de la rupture dont l’avenir du pays qu’elle dessine demeure toujours autant aussi énigmatique. Reprenant une formule employée dans d’autres circonstances, il est une politique pour laquelle « la fin n’est rien, le mouvement est tout », ou plus précisément : la complexité du monde actuel et la vitesse des évolutions dans tous les domaines sont telles que la seule politique possible consiste à s’adapter au plus vite, d’une façon qui se veut pragmatique et efficace à un mouvement devenu à lui-même sa propre fin.
Ces éléments ne sont pas, à vrai dire, d’une radicale nouveauté, déjà présents antérieurement, à droite comme à gauche, ils n’avaient pas la simplicité et la clarté qu’a su afficher le nouveau pouvoir comme autant de signes manifestes d’une volonté d’aller de l’avant.
Deux traits sont particulièrement frappants dans le style du nouveau pouvoir : un alignement de plus en plus étroit du discours politique sur la logique émotionnelle et spectaculaire des grands médias audio-visuels ; une façon de gouverner proche du management des entreprises qui se veulent à la pointe de la modernité.
Le président se place au centre de l’espace médiatique, multipliant les déclarations et les déplacements personnels sur tous les fronts, en veillant à la diffusion d’images et de messages « forts » qui meublent l’actualité et suscitent des commentaires redondants. Sachant que les grands médias audiovisuels sont friands d’« authenticité émotionnelle », le nouveau pouvoir a poussé jusqu’au bout la logique compassionnelle présente antérieurement en multipliant les déclarations en faveur des victimes les plus diverses. Les interventions du chef de l’État dans ce domaine font écho aux émissions télévisuelles qui étalent quotidiennement la subjectivité souffrante, donnent un large écho aux plaintes de toute nature avec des journalistes et des personnalités du show-biz qui enfourchent le rôle militant de défenseur des malades et des opprimés.
Le chef de l’État répond aux sollicitations des victimes en bousculant la justice, s’investit pratiquement dans des dossiers qui relèvent traditionnellement de ministères particuliers, s’implique dans les tentatives de résolution immédiate des multiples problèmes surgissant au gré de l’actualité et des faits-divers. Cette hyperactivité et cette manière de passer outre les responsabilités, l’expérience et les compétences présentes dans les différents ministères, ne sont pas sans rappeler la figure du jeune manager dynamique et performant, dirigeant ses subordonnés avec une motivation sans faille, remettant en cause les habitudes de travail et les organisations bureaucratiques dans une logique de performance totale au service du client-roi. Dans cette logique, la nation tend à être conçue sur le modèle d’une entreprise (l’« Entreprise France ») et la politique sur celui du management. La mise en scène politique et médiatique de l’activisme et de la compassion et peuvent jouer un rôle cathartique dans l’instant pour une société désorientée. Mais à l’image des spectacles et des vedettes de télévision, ils sont vite oubliés. Ses effets ne peuvent qu’être de courte durée et nécessitent donc un renouvellement incessant.

Performances et sentiments

Cette façon de faire déroute et l’on cherche à lui accoler des attributs qui la rattachent plus ou moins à des grandes familles politiques de la droite du passé. La gauche y voit la énième résurgence d’une droite bonapartiste et populiste toujours prête à remettre en cause la démocratie. Mais chercher à la caractériser à partir de grands courants politiques, c’est lui accorder d’emblée une cohérence doctrinale et une ambition historique qui précisément nous semblent faire défaut. La réalité du nouveau pouvoir nous paraît en fait plus banale.
Le style du nouveau pouvoir trouve à s’éclairer à partir des changements culturels et politiques de ces trente dernières années. Nicolas Sarkozy, comme Ségolène Royale, a fait son apprentissage dans la seconde moitié des années soixante-dix et dans les années quatre-vingt, moment-charnière où les changements en œuvre dans la société ont déstabilisé nombre de repères collectifs antérieurs [3]. Les grandes idéologies impliquant une vision du développement historique se sont trouvées remises en question et la politique a considérablement réduit ses ambitions. L’idée d’un progrès indéfini a cédé la place à une vision de l’histoire ouverte sur de possibles régressions et des catastrophes naturelles. La politique s’est voulue plus pragmatique, gérant les contraintes et le chômage de masse dans un monde complexe et incertain. C’est dans le cadre de cette désarticulation des sociétés démocratiques et de la politique avec l’histoire que se sont développés deux traits qui prennent aujourd’hui une acuité particulière : l’individualisme narcissique ; l’entreprise et le management comme modèles de performance pour l’ensemble des activités sociales.
L’érosion des institutions et de la culture historique s’est accompagnée de la montée d’un individualisme désaffilié et crispé pour qui l’affirmation et l’épanouissement personnels dans le présent deviennent des finalités essentielles. Ces années ont été caractérisées comme l’« ère du vide » marqué par le culte de l’ego, le règne de l’image et de la séduction [4], ou encore comme celles de la « culture narcissique » caractérisée par l’« invasion de la société par le moi » et l’« affirmation d’une sensibilité thérapeutique » accompagnant la dépréciation du passé et l’incapacité à faire face à l’avenir [5].
Avec le déclin du sens historique et de l’institution, la recherche de la réalisation de soi prend la forme d’une construction de soi par soi qui met en jeu ses propres forces, sa volonté, ses qualités personnelles et ses compétences, dans une stratégie de compétition et de réussite individuelle visible dans le présent. […]

Un gaullisme devenu sentimental

La comparaison de la politique menée aujourd’hui avec les conceptions de la modernisation et de la fonction présidentielle mises en œuvre aux origines de la Vè République permet de mesurer le changement opéré.
Le gaullisme impliquait une certaine « idée de la France » liée à une vision épique de l’histoire. Face à un peuple inconstant et qui commet souvent des fautes, l’exigence gaulliste impliquait une certaine idée aristocratique de la grandeur : la médiocrité est un trait « anormal », le génie de la France est toujours préservé pourvu que de grands hommes sachent l’incarner et le faire revivre : « Le côté positif de mon esprit me convainc que la France n’est réellement elle-même qu’au premier rang ; que seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit sous peine de danger mortel, viser haut et tenir droit [6]. »
Cette idée de la France s’est trouvée très vite mise à mal par les effets sociaux et culturels de la modernisation entamée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. S’« il est vrai que, face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur [7] », la situation de la France après la fin de la guerre d’Algérie ne paraît plus en péril et l’idée de grandeur semble passablement effacée au profit du développement du bien-être et de la consommation. Les aspirations nouvelles présentes au sein de la société et le développement des grands moyens de communication cadrent mal avec le caractère sacré de l’État gaullien, sa conception de la grandeur et de l’histoire. Mai 68 est précisément au cœur de cette contradiction.
Le gaullisme a construit un récit historique en partie mythique. Se méfiant des ferments de dispersion du peuple français, il ne se souciait pas outre mesure de la société et dissimulait la réalité effective de la puissance du pays. Il a développé une sorte de « monarchie républicaine », soumettant le législatif à l’exécutif, faisant du chef de l’État le représentant et le mandataire de la Nation dont nul n’était vraiment autorisé à contester l’autorité suprême pendant l‘exercice de son mandat [8]. Aujourd’hui, le gaullisme originel est bien mort. Il s’est redéployé sous une forme nostalgique et sentimentale pendant la campagne électorale et il peut toujours servir de supplément d’âme à l’activisme présidentiel. Mais les idées gaullistes ne sont pas sans importance en regard du présent marqué par l’activisme des réformes et l’érosion des institutions.
Décrivant dans une conférence, la façon dont le général de Gaulle envisageait la modernisation de la France [9], Egard Pisani qui fut son ministre de l’agriculture, a développé une comparaison imagée particulièrement signifiante. Il parlait d’un homme qui voyage en avion. Celui-ci sait d’où il part et il connaît la destination qu’il a choisie. Le paysage qui défile devant lui à travers le hublot, disait-il en substance, c’est la France en train de changer et il y a un pilote dans l’avion qui sait vers quelle destination il amène ses passagers. On ne demande pas au pilote, et moins encore à ceux qui voyagent, d’être des mécaniciens et de réparer le moteur… À l’époque, la modernisation de la France est menée dans le cadre du développement économique des Trente glorieuses, l’État-providence se porte bien, l’internationalisation des échanges demeure encore limitée et la nation apparaît comme alors comme un cadre suffisamment protecteur… On ne reviendra pas en arrière, les conditions historiques ne sont plus les mêmes et les défis différents, mais on peut estimer que l’absence de « destination », de vision historique, la difficulté à insérer les réformes nécessaires dans un avenir discernable renforcent le malaise français et européen.
Dans la conception gaullienne, le président de la République dans la mesure où il représente et incarne l’unité politique de la nation, se place au-dessus de la société, de ses querelles et de ses humeurs. Une telle conception implique à la fois une dimension démocratique (par le fondement de sa légitimité basée sur le suffrage universel) et aristocratique par le type de vertu qu’elle exige liée à la nature de la fonction présidentielle qui a sa propre dignité. Celle-ci suppose un type d’homme politique plutôt rare : « D’une intégrité qui confine parfois à l’ascétisme, ils sont trop aristocratiques pour nourrir un attachement au pouvoir et un goût de la popularité à bon marché [10]. » Au-delà du caractère « sacré » de l’institution et de l’idée du recours à l’homme providentiel qu’a pu développer le gaullisme, cette conception de la présidence de la République n’en traduit pas moins l’exigence d’une distance nécessaire avec la société qui permet précisément au chef de l’État non seulement d’être doté de moyens d’action, mais de se placer « au-dessus des fluctuations », de sauvegarder l’unité et d’être un recours possible face aux divisons et aux conflits de la [11].
Par-delà, les formes historiques particulières que cette fonction peut prendre, elle nous paraît fondamentalement reposer sur une dimension anthropologique de l’existence sociale : toute collectivité humaine a besoin d’une instance qui se détache d’elle pour figurer sa cohésion et sa perpétuation, pour se penser comme sujet collectif capable d’agir ; l’écart entre le pouvoir et la collectivité, la dissymétrie entre dirigeants et dirigés sont constitutifs de la vie en société . Qu’en est-il lorsque le président évolue sur la crête de la vague victimaire et sature l’espace de sa seule présence en espérant recoudre les morceaux de la société ?
L’activisme du nouveau pouvoir marque l’accélération d’une fuite en avant, clôturant par là-même un cycle politique sans que se manifeste un renouveau. Si la politique menée connaissait l’échec, il en résulterait un plus grand chaos dans le pays. Cette nouvelle épreuve serait-elle salutaire dans l’optique d’une reconstruction ?

Novembre 2007

Jean- Pierre Le Goff, La France morcelée, Gallimard-Folio, 2008, p. 12 à 17, et p. 22 à 25.


Notes

[1Le style de Nicolas Sarkozy dans ce domaine n’est pas sans rappeler celui du président Valéry Giscard d’Estaing. En 1974, pour la première fois dans une campagne présidentielle, il implique directement sa famille en faisant poser l’une de ses filles à côté de lui sur son affiche électorale. Le début de sa législature est marqué par le thème de la « décrispation » qui se traduit dans son comportement et les changements introduits dans les rites et les symboles de la République. Sur son affiche électorale, il s’était déjà montré décontracté en préférant une veste de tweed clair au costume sombre. Le jour de son investiture ayant abandonné l’habit traditionnel du président, il casse le protocole en remontant à pied l’avenue Marigny en complet veston. Il demande au photographe Lartigue de rajeunir la traditionnelle photo officielle du président de la République ; il change le rythme de la Marseillaise et fait ajouter un faisceau de licteur sur le drapeau national qui flotte à l’Élysée. Bien plus, au grand dam des gaullistes et des associations d’anciens combattants, il se propose de supprimer la fête nationale du 8 mai pour ne garder que celle du 11 novembre comme journée national du recueillement où la France pourrait s’associer avec d’autres pays européens. Cette « décrispation » s’accompagne d’une volonté de s’afficher comme un homme ordinaire, bien qu’étant président. C’est ainsi qu’on le verra conduire sa voiture comme n’importe quel automobiliste et jouer de l’accordéon qui demeure un des symboles de la France populaire. Le nouveau Président veut rencontrer les Français dans leur vie quotidienne. Il invitera ainsi quelques éboueurs à venir prendre le petit-déjeuner à l’Élysée et se fera invité chaque mois avec sa femme dans un foyer de français moyen. Cette volonté d’apparaître comme un Français comme les autres irrite au plus haut point les gaullistes traditionnels. Si l’on en croit Charles Pasqua, la question : « M’aime-t-on ? » semble avoir taraudé le président jusqu’à la fin de son mandat, pour se transformer ensuite en une autre plus amère : « Pourquoi ne m’avez-vous pas aimé comme je vous ai aimés ? » Charles PASQUA, Ce que je sais… I. Les Atrides 1974-1988, Seuil, Paris, 2007, p. 40). Fine observatrice des mœurs de la Ve République, Marie-France Garaud dresse un tableau du président qui n’est pas tendre : « Remarquable à beaucoup d’égards, Giscard ne sut, semble-t-il, jamais juger, ni de l’engagement qu’impose le caractère singulier de la fonction présidentielle, ni de la distance qu’elle crée nécessairement. Je crois d’ailleurs qu’au fond de lui, il en avait peur. Non pas des apparences que précisément il aimait, mais du pouvoir et de sa gravité, qu’il ne comprenait pas. Consciente ou non, cette fêlure chez lui était profonde et se révélait dans une sorte de dédoublement entre sa personne et la fonction qu’il devait exercer. Il n’était pas président, il se regardait être président » (Marie- France GARAUD, La fête des fous. Qui a tué la Ve République ?, Plon, Paris, 2006, p. 116).

[2La vie privée des candidats que des reporters se chargent rapidement de mettre en scène devient partie intégrante de l’actualité politique.L’édition de quick books, livres écrits et édités en un temps record racontant la saga des hommes et des femmes politiques célèbres en est un exemple frappant. Ce mélange des genres entre vie politique et vie privée ne date pas de cette élection. Depuis quelques années, une littérature politique d’un nouveau genre a fait son apparition. Des responsables politiques, de droite ou de gauche, se sont mis à écrire — ou ont fait écrire —, des livres où se côtoient dans un savant désordre leur biographie plus ou moins romancée, leurs réflexions politiques, leurs goûts personnels et de multiples anecdotes sur leur vie publique et privée. Les hommes politiques ayant quelque ambition semblent avoir pris goût à ce nouveau genre de littérature surtout si en prime, ils sont invités sur les plateaux de télévision. Dans Cela commence par une ballade (Plon, 2003), Laurent Fabius que l’on voit sur une moto en quatrième de couverture, a eu au moins le mérite de dire clairement ce qu’il en était : « Qu’on ne cherche pas dans ces pages un programme politique. Je mêle les petites choses aux grandes. Je ne sépare pas les événements majeurs et le quotidien de la vie. Je livre ici une certaine sensation de la France. » (p. 10). Jean-François Copé dans Promis j’arrête la langue de bois (Hachette Littérature, 2006) publié dans la collection Hachette Littératures en, raconte « les mille et une choses de la vie qui constituent l’envers du décor ministériel ». Le lecteur pourra, entre autres choses, savoir comment il a attendu fiévreusement que le téléphone sonne les jours précédant sa nomination. Ces livres ne sont pas sans rappeler les blogs qui fourmillent sur Internet où des individus exposent le quotidien de leur vie, agrémentés parfois de photos de famille et d’animaux de compagnie, tout en écrivant avec plus ou moins de bonheur ce qu’ils pensent du monde contemporain. Les deux candidats se sont inscrits dans cette nouvelle tendance. Maintenant (Hachette Littératures, Paris, 2007), le livre d’entretien de Ségolène Royale avec la rédactrice en chef du magazine Elle distille par petite touche des confidences sur les rapports de la candidate avec François Hollande et ses enfants, ou encore sur ses bons et ses moins bons souvenirs d’enfance. Ce livre est écrit sous la forme d’un abécédaire. Le lecteur pourra ainsi apprendre au mot « Honte », entre « HLM » et « Immigration », que son pire moment de honte eut lieu à l’école maternelle ? Ce jour-là, sa mère s’est trompée de robes en l’habillant et lui a fait porter la jupe de sa sœur aînée beaucoup trop grande. Cette robe lui est tombée sur ses chevilles toute la journée et les enfants s’amusaient à la tirer : « J’ai été raillé, bousculée et tripotée à mon corps défendant... J’ai vu alors l’effet de groupe face à un individu fragilisé. C’est une anecdote, mais je comprends la vulnérabilité de l’enfance humiliée » (p. 155). Dans Libre (Robert Laffont, Paris, 2001) Nicolas Sarkozy raconte lui aussi son cheminement personnel et politique avec des anecdotes sur les humeurs des hommes politiques et sur les bons moments passés avec sa femme et ses enfants. Dans son livre Ensemble (XO Éditions, Paris, 2007), il affirme qu’il a beaucoup changé, se livrant à une sorte d’autocritique inédite chez les hommes politiques : « J’avoue avoir longtemps, peut-être trop longtemps pris du plaisir à ces jeux [la politique comme jeu de pouvoir et affaire de gestion]. Aujourd’hui mon rapport à la politique a changé. J’ai cessé de faire de la politique avec cette sorte de jubilation que j’ai si longtemps éprouvée » (p. 13).

[3Cf. Jean-Pierre LE GOFF, « Une nouvelle donne sociale-historique » ch. 10, La démocratie post-totalitaire, La Découverte, Paris 2002 et 2003.

[4Gilles LIPOVETSKY, L’Ère du vide, Gallimard, Paris, 1983.

[5Christopher LASCH, La Culture du narcissisme, Climats, Castenau-le-Lez, (première édition : Robert Laffont, Paris, 1981).

[6Charles de GAULLE, Mémoires de guerre, L’appel 1940-1942, t.1, Plon, Paris, 1954, p. 1.

[7Ibid., p. 41.

[8Cette « monarchie » n’en est pas moins républicaine parce qu’elle repose sur un contrat entre le peuple et le président basé précisément sur le suffrage universel. Le régime voulu par le général de Gaulle, pour présidentiel et monarchique qu’il soit, n’en comportait pas moins une sorte de contrat moral qui liait implicitement le peuple et le chef de l’État. Le désaveu électoral de la politique suivie implique le départ du chef de l’État. L’usage du référendum par de Gaulle met précisément en jeu ce pacte et cohérent avec lui-même de Gaulle quittera immédiatement ses fonctions après avoir été désavoué par le peuple lors du référendum de 1969.

[9Edgard PISANI, « De Gaulle et la modernisation de la France », Cahier de Politique Autrement, octobre 1998.

[10Giuliano PROCACCI, cité par Edouard BALLADUR, Laissons de Gaulle en paix, Fayard, Paris, 2006, p. 64.

[11sociétéMarcel GAUCHET, « La dette du sens et les racines de l’État », Libre, n° 2, Petite bibliothèque Payot, Paris, 1977, repris dans La condition politique, Gallimard, Paris, 2005.


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