Le séminaire
Séminaire 2010 : "Quelles critiques de la modernité ?" (1)
Modernité et rapport à la nature, la critique heideggerienne de la technique

Les critiques de la modernité occidentale ne datent pas d’aujourd’hui et se sont exprimées à travers la littérature et les arts, la philosophie, la religion… Cette critique est partie intégrante de l’héritage culturel de l’Europe en tant que « continent de la vie interrogée » et valorisant, à travers l’héritage démocratique, le recul réflexif et critique, l’autonomie de jugement.
Aujourd’hui, avec le développement de l’écologie, la critique d’une certaine idée du progrès et de la société de consommation s’accompagne souvent d’une remise en cause confuse des conceptions et des valeurs qui ont marqué notre histoire et qui sont intimement liées au développement scientifique et technique, économique et social. L’ouverture et la confrontation avec les autres cultures du monde ont entraîné d’autre part une remise en cause salutaire de l’ethnocentrisme. Mais cette critique semble avoir largement basculé en France vers une mésestime de soi de plus en plus ignorante des conceptions de l’homme, de son rapport à la nature, à la société, à la politique et à l’histoire qui ont accompagné l’Europe dans son développement.
Pour étudier ces questions, le séminaire entend opérer un détour théorique en procédant à l’étude de textes fondamentaux critiques de la modernité. Plus précisément, le séminaire, qui se déroulera sur deux ans, procédera à l’étude de deux grands auteurs : Martin Heidegger et Hannah Arendt. Ces deux auteurs mettent en lumière, chacun à leur manière, les évolutions des conceptions de l’homme et du monde qui ont accompagné le développement de la modernité. Martin Heidegger interroge de façon critique la rupture introduite par le « règne de la technique » dans le rapport à la nature et la façon d’« habiter le monde ». Hannah Arendt à laquelle des courants critiques et alternatifs font référence, souligne l’hégémonie du « travail » dans la société moderne au détriment de l’« œuvre », de la parole et de l’action dans la cité. Autant d’éléments qui peuvent permettre d’interroger l’état de notre modernité et de mieux cerner, à travers leur interprétation, un certain type de critique de la société moderne et de la démocratie.
On s’attachera à resituer ces courants de pensée dans leur contexte social et historique tout en prenant pleinement en compte les questionnements philosophique dont ils sont porteurs. Après avoir étudié et cerner de plus près les grands thèmes de ces critiques et le cadre global des interprétations, nous nous interrogerons sur leur persistance aujourd’hui, leur portée, leurs limites et les impasses auxquelles ces critiques peuvent conduire.
Fidèle à notre habitude de travail, le séminaire procédera à une étude et à une discussion de textes choisis, en nombre limité (2 à 3 par séance), accompagnées au fur et à mesure d’apports structurés de connaissances sous la forme d’exposés et de mises en perspective des textes choisis avec d’autres textes et auteurs qui semblent leur faire écho, les rejoindre ou les contredire. Des petites bibliographies et des recommandations de lecture sont fournies à chaque séance. Notre souci pédagogique vise à permettre à chacun de mieux comprendre la problématique de ces auteurs sans pour autant prétendre rendre compte de façon exhaustive de leur conception. Il s’agit d’une première approche de leur interprétation critique de la modernité et de leur conception philosophique. Ce séminaire doit ainsi permettre de poursuivre de façon plus aisée la lecture et l’étude des œuvres en question.
Ce séminaire est ouvert à tous ceux qui se montrent désireux de connaître ces critiques de la modernité et de s’interroger sur leur pertinence. Il s’agit de donner à chacun les moyens d’étudier et de comprendre ces auteurs - et à travers eux les enjeux du développement des démocraties modernes - avec un recul réflexif et critique suffisant pour se forger son point de vue en toute liberté.

Jean-Pierre Le Goff

1. Modernité et rapport à la nature

— La critique heideggerienne de la technique—

- Samedi 23 janvier, 14h 30 : Modernité et modernisation : Quelles définitions et quels repères historiques ?
Avant d’aborder la critique de la technique de Heidegger, il est nécessaire d’avoir quelques grands repères historiques et de cerner les conceptions que cette critique met en question :
- Quelles sont les grandes étapes des « temps modernes » dans l’histoire de l’Occident ?
- Le courant humaniste modernisateur dans la France de l’après-guerre : étude de textes d’Emmanuel Mounier La petite peur du XXe siècle (1949) et en contrepoint étude de la critique de la modernité de Georges Bernanos dans La France contre les robots (1947).

- Samedi 13 février, 14 h 30 : Quelle critique des temps modernes et du « règne de la technique » ?
À l’inverse des discours optimistes des années 50 et 60 sur le développement scientifique et technique, Heidegger développe une critique radicale du règne de la technique et de ses effets dévastateurs. Sur quoi porte précisément sa critique ? Quelles en sont les principaux thèmes ?
Étude des textes portant sur « la pensée calculante et la pensée méditante », « le règne de la technique » et « la technique moderne comme pro-vocation ».

- Samedi 20 mars, 14h 30 : Quelle rupture dans notre rapport à la nature et au monde ?
La critique heideggerienne de la technique est inséparable du bouleversement de l’expérience d’un « être au monde » originaire lui-même inséparable d’un type de rapport à la nature. En quoi consiste cette expérience ? Quelles en sont les principales références ?
Etude des textes : « Le chemin de campagne », « Hebel, l’ami de la maison » et « Qu’appelle-t-on penser ? »

- Samedi 10 avril, 14h 30 : Quel recours possible face au « règne de la technique » ? Quelle critique de l’humanisme ?
Pour terminer cette étude, nous nous interrogerons sur la portée, les limites et les impasses de l’interprétation de M. Heidegger.
- Quelles sont les principales critiques portées à sa conception de la science, de la technique et de l’histoire ?
- Quelle place est faite à l’autre, à l’éthique et à l’action dans son interprétation ? Quel rapport à l’engagement politique ?
Étude des textes de Emmanuel Lévinas, Jürgen Habermas, Rudolph Steiner.


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